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Festival du cinéma allemand – “Phoenix”, un film de Christian Petzold

Anca blogLe cinéma L’Arlequin accueille en ce moment la 19e édition du Festival du cinéma allemand. Une semaine de cinéma bilingue avec en ouverture le dernier film du réalisateur Christian Petzold, Phoenix.

Comme dans Barbara, couronné de l’Ours d’argent à la Berlinale en 2012, Petzold réunit ses acteurs fétiches, Nina Hoss et Ronald Zehrfeld, formant ainsi à l’écran un couple dans la droite ligne de la tradition hitchcockienne pour laquelle le réalisateur – présent lors du festival – affiche une vraie admiration.

Le film raconte l’histoire de Nelly (Nina Hoss), une Juive berlinoise survivante de l’Holocauste qui revient des camps et qui ne veut plus se rappeler les atrocités de la dictature hitlérienne. Nelly a un visage détruit, pareil que ce pays qui doit renaître de ses cendres. Avec un nouveau visage construit par un chirurgien, elle va à la recherche de son époux d’avant la guerre, Johnny (Ronald Zehrfeld). Quand elle le retrouve, il ne la reconnaît pas, mais il a un plan : il lui propose de se faire passer pour son épouse. Car sa femme, qu’il croit morte, est l’héritière d’une grande fortune. Nelly accepte de jouer le rôle de son propre double.

Johnny décide de ciseler Nelly. Comme James Stewart dans Vertigo d’Alfred Hitchcock (1957-1958) qui essayait de reconstruire son amante défunte (Kim Novak), le personnage de Johnny n’est que l’un des innombrables pygmalions dans une société sans repères, captivée par les simulacres.

Lorsque le film s’achève on n’en ressort pas bouleversés par l’histoire. Il est difficile d’intérioriser le drame des personnages et de s’y identifier. La beauté du film est ailleurs. Elle réside dans le talent de Petzold de peindre d’une manière simple l’atmosphère anesthésiée et la noirceur d’un Berlin de l’après-guerre, dans sa capacité de montrer les détails. C’est une ambiance léthargique, oppressante pour Nelly comme pour le spectateur.

La mise en scène distille aussi des notes d’espoir, que ce soit grâce à un peu de verdure ou à une lumière aux tonalités chaudes et rouges dans le bar américain. Comme si à côté des coulisses de ce Berlin en ruines une nouvelle vie recommençait déjà.

Le film est l’histoire d’une prise de conscience. Nelly observe, elle ne subit pas mais prend une part active dans la mise en scène de l’usurpation de son identité. Peu à peu elle refaçonne son passé pour mieux s’en défaire. Elle devient le fantôme d’un pays qui ne veut pas se rappeler :« Und wenn mich die Leute fragen, wie es in Auschwitz war ? » – « Dich wird niemand fragen ». Dans ce pays démoli il faut parler tout bas comme dans la chanson de Kurt Weill qui constitue le leitmotiv du film, « Speak low ». C’est sur cette mélodie qu’à la fin du film, Nelly sort du cadre, quittant l’histoire pour rejoindre un hors-champs insaisissable.

Anca-Elena Ghitulescu

  

Réalisation : Christian Petzold. Scénario : Christian Petzold, Harun Farocki. Image : Hans Fromm. Montage : Bettina Böhler. Décors : Kade Gruber. Production : Florian Koerner von Gustorf, Michael Weber. Société de production : Schramm Film Koerner&Weber, BR, WDR, ARTE. Interprétation : Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf.

Durée : 98 min.

Photo : © Christian Schulz

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